Confession d'un vélo qui se déchaîne.

Publié le 15 Août 2012

Quand on est rayé des cadres dynamiques !

Je suis un pauvre vélo, un de ces engins qui ne ressemble à rien, bien loin de mes frères les fiers coursiers, à des encablures de mes homologues tout terrain, si éloigné de cette aristocratie de la gente bicyclette : petites reines ou grands bis qui  trônent en maîtres. Je suis de ceux que l'on qualifie de vieux clous, engin de brique et de broque qui ahane sur les routes de France.

De Plogogg à Fessenhiem en un long chemin de croix, je dois transporter la vilaine fleur de la rébellion à l'ordre nouveau. Je suis pris en otage pour servir une cause qui ne sera jamais mienne. De pauvres idéalistes, de simples penseurs, d'affreux rétrogrades me forcent à rallier les deux extrémités du pays au nom d'un combat dérisoire, d'une réaction qui ne déchaîne pas les foules.

Que n'ai-je pas connu le bonheur immense d'être la propriété d'un être ordinaire, un cadre EDF, un employé modèle de l'industrie thermonucléaire. J'eusse alors bénéficié d'une technologie de pointe, d'un générateur électrique, de piles pour un éclairage sans frottement. Au lieu de quoi, je dois supporter ce contact répugnant d'une dynamo archaïque !

J'aurais encore bien d'autres privilèges. Je ne traînerais pas ma misère et des kilos superflus. Je serais équipé d'alliages légers et résistants, de peintures rutilantes et de tous les gadgets qui s'imposent aujourd'hui. Avec un peu de chance, je serais même porteur d'un système GPS pour ne jamais ne perdre en route.

Tout cela n'est que rêve et illusion perdue. Je me trimbale l'arrière garde de la pensée passéiste. Tout ce qui se fait de militants hostiles au progrès et à l'énergie nucléaire se relaie pour me faire souffrir et grincer de mille et une manières. Car, non seulement ces gens refusent la modernité mais ils sont pingres et négligent les entretiens courants que l'on doit à un véhicule respecté.

Pas d'huile ni de lavage, pas de révision ni de changement régulier de pneumatique. Je vieillis, je me décrépite et plus je suis vieux et cabossé, plus ils semblent m'adorer. Je suis si lamentable que, humiliation suprême, ils ne prennent jamais la peine de m'attacher d'un solide cadenas lorsqu'ils font une pause.

N'ayant que fort peu le sens de la propriété, ils changent de monture comme d'autres changent de chemise. De ce côté là non plus ce n'est pas la joie, l'écologiste se néglige et je dois supporter des tenues excentriques, des odeurs caractéristiques, des conduites atypiques, des traitements sadiques. Jamais je n'ai le même cycliste et pourtant, ils ne prennent pas la peine de changer la hauteur de selle. J'ai honte d'être dans un tel équipage !

Le plus affreux à mes yeux c'est que je suis entraîné, à mon cadre défendant, dans une aventure au long cours, une histoire revendicatrice sans moyen ni organisation. Je dois me coltiner des sacoches affreuses, porter en sus des bagages si mal attachés que je risque à tout instant de perdre équilibre ou rayon. Jamais, au grand jamais, on ne me taille la route, me proposant un haie d'honneur et de barrières pour m'ouvrir le chemin.

Ces gueux avancent au petit bonheur la chance, sans plan ni circuit établi. Ils vont à l'aventure et qui croyez-vous qui se tape le boulot ? C'est bibi naturellement. J'en soupe de leur lutte antinucléaire moi qui serais plutôt pour une petite pile atomique, une source d'énergie inépuisable pour soulager mon pauvre pédalier martyrisé par tant de pieds plus habitués à battre le pavé qu'à caresser la pédale.

Car voyez-vous, s'ils se réclament plein d'égards et de prévenance pour la nature, ils sont d'une négligence sans nom pour les biens matériels. La prochaine fois, je vous le jure, je refuse de me mettre au vert. Je me ferai vélo de circulation collective dans un grande citée polluée et encombrée. Ras le bol de l'écologie, vive la pollution sous toutes ses formes !

Bicyclettement vôtre.

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