Carnet de voyage: Heurts et bonheurs des indignés du nucléaire.

Publié le 15 Août 2012

La Caravane comme si vous y étiez !

Dimanche 5 août - Étape 1 : Plogoff – Plouhinec -

Il y a un peu de monde au départ de nos quelques irréductibles bretons cyclistes qui veulent bouter les centrales nucléaires de ce pays. Toute la Gaule est occupée par ces affreuses tours, toute ? Non ! Une région résiste fièrement à l'atome et c'est de là que part la caravane de l'espoir !

Tous sont présents à l'heure du départ. Tous ? Non ! Celui qui est à l'initiative de ce projet manque à l'appel. Manque-t-il d'air au moment de se lancer dans cette folle expédition ? C'est exactement cela. Une sournoise crevaison un dimanche matin le cloue sur place. Il cherche vainement une chambre à air munie de la bonne valve, il n'est pas prêt de faire bouger la chambre des députés …

La pluie est l'invitée d'honneur de cette première étape. Les ardeurs sont douchées mais la conviction ne mollit pas. La troupe avance, d'une pédalée allègre. La ferme de Gorré à Plouhinec les attend. Produits biologiques et accueil formidable font oublier les nuages noirs.

Lundi 6 août - Étape 2 Plouhinec - Sainte Anne La Palud -

Cette fois, l'opération est lancée. Les caravaniers taillent la route dans un décor de rêve. Que les chemins de Bretagne sont jolis. Quelques militants de Stop-Nucléaire viennent mettre des bâtons dans les roues. Ils sont pour des actions plus radicales et prônent un régime sans selle.

C'est la première nuit en camping sauvage ce qui vaut la visite amicale de la gendarmerie. Deux journalistes viennent s'entretenir avec nos amis. Le premier représente « Le Progrès de Cornouailles » et le second le journal bretonnant « Ya ! ». Les médias jouent le jeu.

Un estivant hollandais vient rendre visite en voisin à notre troupe. Il est journaliste en Hollande, prend quelques photographies et promet un article en son pays. La Caravane s'internationalise dès le deuxième jour !

Mardi 7 août - Étape 3 Sainte Anne La Palud – Argol -

Le vélo n'est pas une science exacte même quand on est une écologiste convaincue. Dominique, l'une des figures emblématiques de l'écologie bretonne choit de bicyclette. On recherche désespérément la trousse de secours. L'intendance ne suit pas !

La troupe commémore l'anniversaire des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, interroge le processus infernal du nucléaire militaire, et Mélisandre chante au cordon de policier déployé devant la base des sous-marins  nucléaires de l'ile longue sa magnifique Marseillaise recomposée

Le syndrome du feu de Bengale a encore frappé. Des gens qui avaient promis de faire le trajet à bicyclette ne viennent pas, d'autres se contentent d'attendre la Caravane à Argol, sans doute préférant boire quelques gouleyantes bolées de cidre.

Un accueil chaleureux est assuré par Hélène, Christophe et sa joyeuse troupe de la Maison du cidre à Argol. C'est un lieu festif qui propose des soirées « contes » le mercredi soir (Hélas C'est Nabum n'est pas présent encore) et des concerts. Jeudi 9, les amis du leader de l'ex groupe TSF proposent une soirée.

Mercredi 8 août - Étape 4 Argol – Brennilis -

Le cidre bu sans modération à Argol ne va-t-il pas incommoder nos cyclistes. C'est l'interrogation essentielle lors de cette étape. Il ne faudrait pas qu'un caravanier passe sa journée à la selle. Ce serait un comble d'autant que le circuit du jur est particulièrement valonné.

Deux crevaisons sur le trajet pour deux vélos différents. L'entretien des bicyclettes pose autant de problème que la maintenance de nos centrales nucléaires. Il va falloir faire preuve de vigilance. Des nucléaristes sèment certainement des clous sur le trajet.

C'est la vieille centrale désaffectée mais pas démantelée de Brennilis qui constitue le but de cette étape. Un comité d'accueil attend nos courageux indignés. La bataille est rude dans la région pour obtenir des informations fiables sur des travaux - démontrant que le démantèlement des centrales n'est absolument pas maitrisé - étrangement au point mort.

Pas de point mort pour nos pédaleurs de l'atome. Les jambes se font plus sûres et les fesses s'accommodent désormais de ce siège étroit sur lequel ils passent quelques heures. Bientôt, ils seront capables de rivaliser avec les cyclotouristes apolitiques qu'ils doivent rallier au panache blanc de nos tours de refroidissement !

Accueil chaleureux à Brinnilis. Cornemuse et repas offert à nos indignés. Ils se voient offrir également les commodités du terrain de camping. Par contre à la centrale désaffectée, la direction semble affectée par leur visite. Le directeur est absent et son délégué refuse de recevoir la troupe. Il ne sera pas simple de cajoler le personnel EDF !

Jeudi 9 août - Étape 5 Brennilis – Carhaix -

Voilà une première étape loin de la problématique nucléaire. Non, pas tout à fait, Carhaix a retenu les leçons de la bataille de Plogoff pour défendre son hôpital et surtout sa maternité. Anne Cerval, une des figures emblématiques du combat des femmes fut une figure de proue pour défendre la maison de la maternité.

Les stratégie de harcèlement administratif qui avaient fonctionné à Plogoff furent mise en œuvre pour sauver la médecine de proximité contre une logique purement économique qui fait fi des besoins réels des gens. Chaque jour à 17 heures, la sous-préfecture de Carhaix était l'objet d'une manifestation. Quand le combat est juste, l'usure n'existe pas et c'est le pouvoir qui plia.

Carhaix c'est aussi un des premiers soulèvements populaires. Les bonnets rouges qui en 1672 se dressèrent contre le pouvoir royal. La répression fut terrible contre les paysans et les artisans qui suivirent Sébastien Le Balp. Les pouvoirs, quelles que soient les époques usent toujours des mêmes expédients pour se faire respecter.

Le trajet se fait au fil d'une merveilleuse voie verte, une ligne de chemin de fer désaffectée. Un circuit ombragé très appréciable en cette journée caniculaire, un vraie tunel de verdure … À Carhaix, l'adjointe à l'environnement reçoit les cyclistes. Deux journalistes : « Ouest France et le Télégramme » les attendent également. La couverture médiatique est parfaitement assurée.

À Carhaix, un somptueux terrain de camping leur ouvre ses portes. Un jardin à la japonaise d'avant Fuhushima agrémente cet espace agréable. Que du bonheur !

Vendredi 10 août - Étape 6 : Carhaix – Meslan

Samedi 11 aoüt – Étape 7 : Meslan – Erdeven

La modernité nous joue parfois des tours. La liaison téléphonique fut rompue et votre serviteur, chargé de rendre compte le plus fidèlement possible des péripéties de l'aventure, en est rendu aux seules supputations. C'est étrange de se voir ainsi d'en la peau d'un responsable EDF évoquant l'avenir des Centrales ou le devenir des déchets …

Je ne sais rien mais je vais faire comme si j'avais des certitudes. J'ai bien compris la leçon de ceux que nous sommes chargés de dorloter et cajoler dans la perspective du grand Accident. Donc, rassurez-vous, tout va bien ! Les Caravaniers poursuivent leur programme conformément aux prévisions de nos experts et aucun incident majeur ne leur est arrivés !

Il se peut qu'ils aient rencontré quelques difficultés sur la route, mais elles pourraient n'être imputables qu'à des éléments extérieurs, forcément incontrôlés et assurément hostiles. Quant aux ennuis divers comme les crevaisons, les chutes, les pertes de contrôle du véhicule, les erreurs de trajet et autres séismes naturels, tout cela échappe à notre responsabilité et nous nous exonérons totalement des conséquences éventuelles.

La confiance irradie cette manifestation spontanée et les réactions en chaîne qui accompagnent son trajet sont l'expression même du bien-fondé de cette initiative citoyenne.

Voilà vous en savez plus que moi, c'est l'essentiel. C'est ainsi que ça se passe avec nos chères centrales nucléaires, je ne vois pas pourquoi, il en serait autrement avec la fabuleuse Caravane des indignés du nucléaire.

Journaldebordement leur.

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