La Caravane dans le sens du poil et du vent.

Publié le 15 Août 2012

Les affres de l'organisateur.

Il n'est jamais simple de vouloir organiser une caravane itinérante et protestataire de Plogoff à Fesseinheim. Celui qui s'aventure à ce défi colossal ignore alors qu'il devra compter avec les déceptions, les trahisons, les complications et les gesticulations de toutes sortes. Il devra tout autant s'armer de patience, avaler des couleuvres, manger son chapeau et digérer bien des contrariétés. Il lui faut donc un solide système digestif pour un tel menu roboratif !

Il faut marcher sur des œufs tout en évitant de commettre la moindre coquille (ce qui peut paraître normal), ni le plus petit impair (ce qui est discutable compte tenu de la tournure de notre météo estivale). Les militants sont gens susceptibles dès qu'il s'agit de rouler sous une bannière, derrière une banderole, au nom d'une étiquette. Chacun veut mettre en avant sa chapelle sans que celle du voisin ne soit par trop visible ...

Ainsi, l'organisateur devient diplomate prudent, sage pesant tous ses mots, orfèvre mesurant chaque déclaration en prenant bien garde de n'oublier personne. Il y a un exercice d'équilibriste périlleux (c'est tout l'art de la bicyclette). Le plus petit écart entraîne une défection, la moindre maladresse provoque une chaine de désistements. La contestation est d'abord une minutieuse affaire de dialectique.

Alors, il surveille à la loupe et parfois au microscope électronique les écrits de son envoyé très spécieux qui, en la matière, n'y va jamais avec le dos du lexique ou de la cuillère. Peu soucieux de se concilier les uns et les autres, l'écrivaillon aligne les anathèmes quand il faudrait ménager la chèvre et le chou vert

Un mot de trop et tout l'équilibre si précaire risque de s'effondrer. Il faut retirer ce terme qui sera mal perçu, alléger cette charge mal venue, adoucir ce trait humoristique qui va faire grincer quelques dents, lui demander de mettre de l'huile dans les rouages et de changer de braquet. Ce n'est plus de l'écriture, c'est de la marqueterie ! Et le scripteur de s'agacer de tant de contraintes, d'un code qui le déroute.

Si la caravane veut passer, il faut éviter de faire hurler les chiens de garde. Ce n'est pas simple tant ces derniers sont à l'affut de la moindre virgule. Adoucir la pensée, prévenir les contre-sens, museler ses propres coups de gueule, le commentateur découvre l'art ambiguë de la grimace et de la révérence.

L'organisateur est encore confronté à la terrible loi de la logistique, cet art majeur des armées en campagne. Si ce n'est que la partie immergée de la manifestation à venir, cela demeure pourtant l'essentiel de la réussite espérée. Il faut tout prévoir, tout anticiper, y compris l'imprévisible et l'improbable. C'est une sacrée performance que de monter une manifestation itinérante sur plus d'un mois, à travers la France !

Le faire-savoir (la sacro-sainte communication) apparaît tout aussi prépondérant. Les médias doivent parler de vous ou c'est l'échec assuré. Il faut une fois encore faire risette, garder le sourire et convaincre quand pourtant tout n'est pas encore calé comme on le voudrait. C'est une partie de poker menteur, la main n'est pas parfaite, qu'importe, il faut bluffer ou tout perdre.

L'organisateur ne dort plus, ne mange plus, s'angoisse et s'exaspère. Pourtant, il ne doit rien laisser passer de ses tourments intérieurs, il doit surtout arriver frais comme un gardon le jour si attendu et tant redouté du départ de son aventure. Tous les regards vont converger vers lui, il doit ne rien laisser paraître des difficultés rencontrés.

Il doit irradier un optimiste béat. Je sais que le terme peut choquer quand on prétend se défier de l'énergie atomique. Il lui faut faire bonne figure, monter de l'entrain avant que de monter sur son vélo. Car c'est ainsi qu'il parviendra à mettre en selle son enfant, sa caravane à vélo des indignés du nucléaire.

Equilibristement sien

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