Plogoff, pour l'exemple !

Publié le 15 Août 2012

Une nation si démocratique

La mobilisation populaire que le projet d'installer une Centrale Nucléaire sur les côtes déchirées de Plogoff mobilisa fut un exemple de lutte victorieuse face à un pouvoir autiste. Les manifestations ont abouti à l'abandon de cette folie. « Pour l’une des premières fois, les habitants d’une petite commune ont réussi à faire plier un projet d’aménagement “d’intérêt général” porté par l’État1. »

Revenons à cette histoire, symbolique par la manière avec laquelle le pouvoir central a imposé par la force ses centrales partout dans le pays. En 1975, Conseils Généraux et Conseil économique et social se mettent d'accord pour la construction d'une centrale nucléaire. La démocratie n'est jamais aussi parfaite que lorsqu'on ne s'enquiert pas de l'avis des populations ! Le site de Plogoff est choisi par le Conseil Général du Finistère dans une transparence digne des républiques bananières.

Une enquête d'utilité publique est imposée par la loi. On sait le peu de cas qu'en font nos potentats locaux. À Plogoff, les dossiers ont été brûlés devant la mairie par le maire de Plogoff Jean-Marie Kerloc'h et ses collègues des communes voisines le jour de leur réception. Le feu nucléaire était en marche. Ce sont des camionnettes, que des séides d'un état aux abois baptisent « mairie annexe », qui sillonneront la région pendant 45 jours pour recueillir absolument des réponses favorables.

Des manifestions monstres accompagnent cette procédure. Des barricades de carcasses de voitures, des monceaux d'ordures ménagères s'élèvent contre la force injuste de la loi, un peu partout sur les routes et devant les gardes mobiles arrivés en nombre. Le 16 mars 1980, 50 000 personnes se regroupent pour pourfendre la fin de cette enquête parodique. Le 24 mai 1980, 150 000 manifestants, dont votre serviteur, se pressent sur ce petit bout de terre.

Les arrestations se succèdent. Plusieurs manifestants sont traduits devant le tribunal de Quimper. L'un des avocats, Maitre Choucq, est même condamné à dix jours de suspension. Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République et son gouvernement socialiste décide l'abandon du projet, les choses ont bien changé depuis chez nos amis à la rose.

Une enquête d'utilité publique bien menée à la manière de nos démocraties françaises, nécessite quelque forces d'appoint : sept escadrons de gendarmes mobiles furent stationnés à Pont-Croix et Loctudy pour intervenir à Plogoff, des gendarmes-parachutistes furent appelés en renfort et pour le besoin de la sérénité de la réflexion populaire, des blindés sur roues furent envoyés dans ce petit village séditieux !

La famille Le Garrec filme en format 16 mm, les moments clés de cette aventure collective. Ils dormaient dans une ferme, des militants venaient les réveiller pour suivre une action qui se préparait. Caméra au poing, ils remplissaient le rôle qu'une télévision publique aux ordres omettait de jouer. C'était parfois risqué mais de là est née une trace indispensable de cette «affaire Plogoff ! »

L'état aime à s'entourer de précautions pour gérer son peuple. Des grenades incapacitantes, des lacrymogènes. Il se murmure même que du bromo-acétate d'éthyle, bien qu'interdit, ait été utilisé par la police urbaine lors d'émeutes à Quimper afin de liquider de vieux stocks (soucis louable dont il faut se réjouir). Les gardiens de la paix se muèrent en Force de l'ordre nucléaire pour les besoins de la cause. L'année précédente, une manifestation à Creys-Malville avait été réprimée dans le sang, nous venions d'échapper au pire.

A Plogoff, EDF et l'Etat pensaient sincèrement que les gens accepteraient la centrale. La population était composée surtout de retraités et d'ancien militaires, des catégories obéissantes et fidèles au pouvoir. C'est tout le contraire qui s'est passé . Alors, ils sortirent les moyens de persuasion massive ! Nous avons vu ce qu'il en fut de cette stratégie de la main de fer !

Le Breton a de la suite dans les idées. En 1976 déjà, les ingénieurs d'EDF sont empêchés de sonder des terrains qui pourraient accueillir une centrale sur la commune de Plogoff. Des opposants toujours plus nombreux rejoignent les comités locaux d'information nucléaire qui se sont montés un peu partout dans le pays. Comme au Larzac, les militants achètent des parcelles afin d'y implanter une bergerie. En multipliant le nombre de propriétaires, EDF devait avoir des difficultés pour acheter les terrains.

Plogoff, ce sont aussi d'immenses rassemblements festifs (Fest noz et concerts) impossibles aujourd'hui. Comme pour le Larzac, une mobilisation nationale a fait plier un gouvernement autoritaire. Depuis, les méthodes des puissants ont bien changé, l'opinion publique s'est rangée du côté du plus fort, façonnée qu'elle a été par un lavage de cerveau collectif. L'écologie est montrée du doigt, le confort et l'égoïsme sont les valeurs clefs de notre société.

La Caravane à vélo des indignés du Nucléaire veut renverser la vapeur, retrouver la force de ce combat épique et victorieux. Il est grand temps de rafraîchir la mémoire du parti socialiste, les promesses d'hier ne peuvent être liquidées au nom d'un pragmatisme honteux et suicidaire. Que chacun se souvienne de la belle et grande histoire du combat de Plogoff !

Mémoriellement leur.

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