Erdeven une lutte anti-nucléaire victorieuse

Publié le 15 Août 2012

Je vous parle d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître

Samedi 11 août - Étape 7 Meslan – Erdeven -

À l'origine de la lutte anti-nucléaire en Bretagne, le CRIN ( Comité Régional d'Information Nucléaire) est une émanation de la population. C'est parce qu'il a évolué étroitement avec le tissu local que ce comité a gagné de haute lutte une bataille particulièrement inégale.

La dynamique des luttes anti-nucléaires en Bretagne s'est toujours appuyée sur une participation massive, active et constante d'une population consciente des dangers du nucléaire, capable de se dresser collectivement devant l'arbitraire d'une décision contraire à sa volonté et soucieuse de préserver un environnement exceptionnel.

Dans les années 80, 8 centrales fonctionnent dans l'indifférence de populations passives et souvent favorables, influencées par des perspectives économiques illusoires. Les centrales sont érigées au mépris des nombreuses inquiétudes des écologistes et des scientifiques. Le personnel politique, très naturellement, est globalement complice de ce coup de force de l'État.

 

Erdeven est une région à la fois rurale, maritime, ostréicole et touristique. Une plage superbe et déserte accueille des milliers de touristes et de gens du pays. C'est le site choisi par EDF. La population, très peu politisée alors, est très attachée à son sol, à la mer, à l'environnement intact, à la nature qui est pour elle sa ressource essentielle d'existence. Pas de réflexe écologique intellectuel.

À Erdeven , le projet suit les pratiques habituelles de nos chers démocrates : population à peine informée et leurrée par les promesses d'argent des centrales, enquête d'utilité publique escamotée, décision municipale prise en un mois et sans aucune information scientifique sérieuse par des élus sommés en haut lieu de répondre favorablement au plus vite.

Les milieux scientifiques de l'époque s'indignent mais leurs protestations étaient étouffées par la manipulation gouvernementale et par l'éternel chantage à la crise énergétique (le premier choc pétrolier est passé par là). L'état jure ses grands dieux d'être intransigeant sur la sécurité future des centrales et affirme que tous les paramètres ont été envisagés ...

Dès l'annonce de la centrale en novembre 74 , une poignée d'irréductibles d'Erdeven, d'Etel (le port voisin), et de Belz, créent le CRIN afin d'informer sur les dangers du projet nucléaire. Des raves simples non politisées, s'adressent à des gens simples pour diffuser une information complexe avec une volonté affichée d'ouverture à tous.

Ils agissent de manière indépendante :

- Chaque réunion est un débat public où chacun s'exprime sur des problèmes dépassant le cadre du nucléaire et mettant en cause les rouages économiques et politiques du système.

- Au cours de ces réunions, des documents, des informations circulent rapidement. La presse régionale relaie objectivement l'action du CRIN.

- L'isolement politique du CRIN sur le plan politique l'incite à diversifier ses contacts avec des savants, professeurs de fac, associations écologiques, autres sites français afin de créer un réseau de soutien en dehors des circuits habituels.

Ils surmontent bien deux handicaps majeurs :

- Un délai d'à peine un mois pour informer quand les élus de 11 communes sont naturellement favorables au projet !

- Une absence de formation scientifique des membres du CRIN face à la propagande EDF. Ils se documentent auprès des Amis de la Terre, et d'autres associations de vulgarisation.

En février 1975, dix conseils municipaux, sous la pression de la population, votent contre le projet d'implantation. Le CRIN, localement, a remporté un premier bras de fer. À Pâques, une grande fête anti-nucléaire s'organise sur le site même de la centrale. 15 000 personnes y prennent part. C'est un événement majeur, la presse régionale et nationale s'en font largement l'écho.

Ensuite, l'action anti-nucléaire prend des proportions nationales. Les élus locaux des autres sites bretons et vendéens sont contraints de refuser d'autres centrales. Les élus tergiversent quandles milieux scientifiques s'interrogent et que l'opinion s'émeut. Les syndicats et les partis politiques sont contraints de se déterminer. Les Fédérations Régionales du PS et du PC s'opposent enfin au projet !

Le préfet paie la contestation locale, il est déplacé ! Les conseillers généraux et régionaux de la région d'Erdeven sont ridiculisés par leurs atermoiements. Sous la pression populaire, le Gouvernement Giscard réduit son programme nucléaire …

Le CRIN crée alors un journal " A Tous Crins " autour des problèmes liés au nucléaire et aux politiques qu'il induit. Les bénévoles ouvrent une permanence ; un lieu de rencontres et de réunions. Des travaux de recherche dans les domaines économiques, d’énergie douce sont menés.

En août, une deuxième fête d'Erdeven a lieu. Cinq mille participants confirment l'élan populaire. Le Conseil Régional de Bretagne sourd à ce qui l'entoure, adopte par 52 voix contre 1 le projet d'une centrale nucléaire en Bretagne. Le 26 septembre, 14 des 30 syndicats, partis, associations, comités de défense, réaffirment au cours d'une conférence de presse leur opposition à une centrale bretonne. La décision arbitraire du Conseil Régional est un déni de démocratie !

" Ouest-France " le titre : " ERDEVEN EST DEFINITIVEMENT ABANDONNE PAR EDF " La contestation de la population a fait reculer EDF. C'est Porsmoguer dans le Finistère qui hérite du bébé. À Porsmoguer, un CRIN existe et mobilise la population.

Tous les CRIN de Bretagne, réunis en Fédération se réuniront le 5 décembre à Porsmoguer pour débarrasser définitivement la Bretagne des projets de centrales nucléaires. La lutte anti-nucléaire a démontré l'incapacité du système et du pouvoir à sortir de la crise autrement que par des projets délirants et gigantesques. Des nouveaux militants se dressent, forts de la volonté d'agir collectivement et efficacement autour de projets écologiques à dimension humaine.

L'arrivée au pouvoir des socialistes en 1981 fera retomber le souffle de la contestation. Habillement, Mitterrand usera du symbole avec Plogoff et le Larzac afin d'endormir les velléités de cette période forte. Ensuite, les coups de poignard dans le dos ne manqueront pas et le pays sera livré au dogme nucléaire. La droite, dans sa logique industrielle, ne fera pas mieux ...

Rétrospectivement leur.

Rédigé par C'est Nabum

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